Tribune Libre : « Un an après le Mariage, La Lutte continue !

Publiée le 21 avril 2014 | Par Frédéric Le Barzic | Homoparentalité, News, Tribune libre

Le combat pour l’Égalité des droits continue !
À l’occasion du premier anniversaire du vote de la loi ouvrant le mariage aux couples de même sexe.
Il y a un an, le mardi 23 avril 2013, à 17h07 précises, le Parlement français adoptait la loi ouvrant le mariage et l’adoption aux couples de même sexe. À Toulouse, le vote était diffusé en direct de la Maison des Diversités sur le grand écran de l’Auditorium. Des militants, quelques drapeaux, la salle est silencieuse. Au moment du vote certains se tiennent la main, comme pour ressentir ensemble l’issue d’un combat qui avait trop longtemps duré. Le résultat s’affiche sur le tableau des votes de l’Assemblée. Sans suspense la loi est adoptée 331 voix contre 225.  Applaudissements, on s’embrasse, les larmes coulent. On a gagné! Dans l’hémicycle, très émue Christiane Taubira prend la parole. Quelques heures après est organisé un rassemblement place du Capitole, autour du grand drapeau LGBT.

Des débats interminables.

Le mariage pour tous fait son entrée dans le débat public en janvier 2012, quand François Hollande, alors candidat à l’élection présidentielle dévoile sa proposition numéro 31 promettant l’ouverture du mariage et de l’adoption aux couples homosexuels. Au prix de manifestions et de débats interminables, la loi « mariage pour tous » est finalement adoptée le 23 avril 2013.  Alors que 63% des français se disaient favorables à l’ouverture du mariage selon un sondage ifop, les débats ont traîné en longueur. Le gouvernement possédait pourtant la majorité parlementaire de sorte que le texte aurait pu être voté plus rapidement. Peut-être a-t-on cru de bonne foi qu’un débat préalable était nécessaire ? Pas forcément pour discuter la légitimité de cette loi progressiste, mais plutôt pour laisser le temps aux esprits de se faire à l’idée d’un tel changement. Or, cette longue période de débat a surtout activé la libération de la parole lesbophobe et homophobe.

Une libération des actes et de la parole homophobe.

Jamais la haine des lesbiennes et des gays n’a été aussi palpable que pendant les mois qui ont précédé le vote de la loi. Le débat a agi comme un révélateur, l’association SOS Homophobie a enregistré des chiffres record de témoignages de cas d’homophobie pour cette période. À l’époque « ne jamais tracter seul » était le mot d’ordre pour les équipes de l’association toulousaine Arc-En-Ciel. La crainte des affrontements physiques était bien réelle pour les militant-e-s. Ce combat décisif pour l’Égalité n’a pas manqué d’échauffer certains esprits traditionnellement hostiles à l’avancée des droits des minorités. À Toulouse le drapeau LGBT a été brûlé par l’ultra droite des Jeunesses Nationalistes lors de la manifestation pour l ‘Égalité des droits le 19 janvier 2013. Le lien avec la polygamie et l’inceste a publiquement et clairement été fait par plusieurs personnalités et par des anonymes, sur internet notamment. Certains ont même parlé des « gay femelles »[1].  La loi n’était pas encore votée que des maires revendiquaient la possibilité de faire valoir une « clause de conscience » pour refuser de marier les homosexuel-les. Le Conseil Constitutionnel s’est alors prononcé contre cette clause de conscience, coupant court à ce qui aurait pu légitimer les luttes contre le mariage pour tous.

Un rendez-vous manqué avec la pédagogie.

Pourtant ce débat de société aurait pu être l’occasion d’un dialogue démocratique et pédagogique à l’occasion duquel les citoyens et les citoyennes auraient été sensibilisé-e-s aux injustices institutionnelles dont sont victime les couples gays et lesbiens. Et qu’en effet, l’ouverture du mariage aux personnes de même sexe n’allait rien enlever aux droits des hétérosexuels. Que l’établissement des liens de filiation entre les parents homosexuels et leurs enfants n’allait pas détruire la « famille traditionnelle », mais allait permettre à ces enfants de bénéficier d’une protection juridique. Enfin, que l’ouverture de l’adoption pour ces mêmes couples allait mettre fin à une hypocrisie selon laquelle les célibataires homosexuels-les en France pouvaient adopter. Le débat équitable et démocratique auquel on aurait pu légitimement s’attendre n’a pas, ou presque pas eu lieu. Il a disparu, dévoré pas  la virulence des antis-égalité qui de fait, ont été beaucoup plus visibles que l’adhésion de la majorité des français. Or, s’il est vrai qu’il est plus facile de se mobiliser contre une mesure que de se mobiliser pour l’avancée des droits, à l’avenir la lutte pour l’Égalité devra plus que jamais fédérer.

Un débat révélateur.

Néanmoins cette lutte a eu le mérite de révéler plusieurs réalités. Notamment et surtout que les opposants à l’Égalité des droits ; les religieux intégristes, les conservateurs, et les nationalistes ; pour ne pas les nommer, sont toujours très virulents et qu’ils savent s’entendre et se structurer pour lutter d’une seule main contre les droits des minorités. Que si ces individus, hommes et femmes sont prêts à camper sur la place du Capitole jours et nuits, ils sont aussi capables d’organiser et de financer la venue de centaine de manifestants à Paris. Et qu’ils sont prêts à se battre à coup de pied et de poing. Contre des femmes désarmées et dénudées, s’il le faut. Car ils l’ont fait ! A ce propos, l’intervention des Femen à la Manif Pour Tous le 18 novembre 2013 à Paris a été édifiante, cette action a eu le mérite de révéler l’autre visage du mouvement anti-égalité. Car à l’époque la Manif Pour Tous se revendiquait pacifiste et amie des gays. Derrière la façade « djeun’s » et branchée incarnée par Frigide Barjot se tenaient en embuscade Civitas, un institut qui souhaite la « rechristianisation » de la France, et les Jeunesses Nationalistes. Tous deux pas vraiment connus pour être « gayfriendly », c’est le moins que l’on puisse dire. Ce n’est désormais plus un secret pour personne. Enfin ces débats ont prouvé à ceux qui en doutaient encore que l’homophobie et que la lesbophobie existaient toujours en 2013. Que l’on se rassure, les LGBT-phobies  institutionnelles n’ont pas encore totalement disparu.

Un combat pour l’Égalité qui continue et qui doit fédérer.

Ainsi, le vote du 23 avril 2013 a permis l’inclusion les homosexuels dans l’universalité de la loi. Car si tous les gays et les lesbiennes n’aspirent pas forcément à avoir des enfants ou à se marier, aujourd’hui ils ont le choix. Cette première victoire ne doit pas nous faire oublier que la lutte pour l’Égalité continue pour la reconnaissance des droits des trans, la filiation et la procréation médicalement assistée (PMA). Car depuis, M. Valls  a annoncé lors de sa première prise de parole en tant que premier ministre qu’il renonçait à porter les engagements de la campagne présidentielle de François Hollande. Ce nouveau gouvernement a donc fait le choix de la complaisance envers les antis-égalité plutôt que travailler à l’avènement d’une société progressiste. Les hésitations du gouvernement à légiférer pour une procréation ouverte à toutes avait particulièrement attiré notre attention. Les « reculades » successives sur la PMA, notamment celle annoncée par Manuel Valls, alors ministre de l’intérieur, le lendemain même de la manifestation « Jour de colère » du 26 janvier 2014, avait envoyé un signal fort aux militants et aux militantes engagé-e-s dans la lutte pour l’Égalité. Qu’un gouvernement cède face à cette coalition composée entre autre de l’ultra droite et de La Manif Pour Tous, viscéralement opposées aux valeurs Républicaines dont l’Égalité des droits fait partie, n’avait pas manqué de nous inquiéter. C’est désormais dans ce contexte que s’inscrit notre lutte. Il est donc plus que jamais temps de se réunir, nous aussi, autour de ce qui nous rassemble. Le combat pour l’Égalité continue !

Christelle (Arc En Ciel).


[1] «Même si j’ai beaucoup d’amis gays et que j’ai accouché des gays femelles, je ne vois pas ce que ça apporte sinon une couverture sociale. Mes adjoints le feront à ma place» François Commeinhes évoquait les «gays femelles» pour parler des lesbiennes lors d’une conférence où il expliquait son refus de procéder à des unions du même sexe si elles venaient à être légalisées. 18 oct 2012 Journal Libération.

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