SOS Homophobie : Internet est devenu le 1er foyer homophobe en France

Publiée le 16 mai 2010 | Par Frédéric Le Barzic | Associations, News

Pour la première fois, Internet est devenu le principal foyer d’homophobie, particulièrement chez les jeunes. C’est l’un des enseignements de l’édition 2010 du rapport de SOS homophobie. Mais les agressions dans la «vraie vie» continuent. Femmes, hommes, Paris, régions… Le rapport fait le point.

Malgré une législation qui réprime fermement les actes homophobes, le nombre de témoignages sur des agressions physiques à l’encontre des homosexuels a progressé en 2009, passant à 88 contre 61 en 2008, indique l’association SOS homophobie dans son rapport annuel rendu public mardi.

«Il n’existe ni au ministère de l’Intérieur, ni au ministère de la Justice, de statistiques sur les agressions homophobes, nous éditons le seul document sur ce sujet en nous appuyant sur les témoignages (1.200 par an) que nous avons reçus sur notre ligne d’écoute, mais nous savons qu’il y a beaucoup plus d’agressions homophobes en France», remarque le nouveau président de SOS homophobie, Bartholomé Girard.

76% des agressés sont des hommes.

Dans ce document de 175 pages, rendu public à quelques jours de la Journée mondiale contre l’homophobie, SOS homophobie révèle que ces agressions concernent à 76% des hommes (22% pour les femmes et 2% pour les transsexuels). Ces agressions physiques se produisent à 47% dans les lieux publics, les agresseurs, qui jugent l’homophobie légitime, la revendiquant haut et fort en cherchant l’approbation des passants. Les agressions physiques sont plus nombreuses en province (60%) qu’en Ile-de-France et le nombre des jeunes victimes (18 à 24 ans) a fortement augmenté avec 22 cas en 2009 contre 6 en 2008.

Agressivité des jeunes

Il y a une plus grande agressivité chez les jeunes contre les homosexuels, c’est une régression», estime le vice-président de SOS homophobie, Michel Duvail. «Pour beaucoup de gens, pour construire un garçon, il faut qu’il soit viril et le pilier central de cette virilité est l’homophobie», ajoute M. Duvail. Malgré l’entrée en vigueur de mesures de lutte contre l’homophobie à l’école (création de la Ligne Azur – 0 810 20 30 40, diffusion de brochures et affichage), cette attitude recule peu, «mais on peut espérer une amélioration à terme», indique le rapport, notant cependant que ces mesures resteront «inefficaces» si elles ne sont pas «relayées par les profs et les responsables d’éducation».

Internet dans le collimateur

Pour le président de SOS homophobie, «les manifestations publiques de haine des homosexuels sont devenues politiquement incorrectes, mais, par ricochets, c’est Internet, parce qu’il permet l’anonymat, qui devient le défouloir des homophobes».

«De façon inquiétante, l’amalgame entre homosexualité et pédophilie revient régulièrement», écrit le rapport mentionnant notamment des sites d’inspiration religieuse. Des témoignages mentionnent aussi les sites de jeux vidéo en ligne sur internet, comme «le jeu Escopeta où il s’agit de tuer un maximum de gays sous peine d’être violé par l’un d’entre eux».

Enfin, devant la profusion de propos homophobes sur Facebook, une plainte a été déposée en novembre 2009 «pour incitation à la haine et à la violence contre les homosexuels».

Sur la Toile, note cependant le rapport, «les recours sont souvent malheureusement longs et compliqués, voire impossible dans le cas de sites hébergés à l’étranger». L’association a donc mis en place un groupe chargé de traquer la violence homophobe sur Internet. En 2009, il est notamment intervenu pour faire retirer des commentaires insultants sur des sites d’information. Tout internaute qui relève ce type de propos peut d’ailleurs en faire autant, en contactant les services de modération ou d’hébergement du site en question, voire en faisant un signalement sur un site mis en place à cet effet par le gouvernement.

En gardant à l’esprit que sur Internet comme ailleurs, l’injure publique et la diffamation publique sont punies par la loi française. Leurs auteurs encourent jusqu’à un an d’emprisonnement et 45.000 euros d’amende.

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