Les 25 000 donneurs répondent à une campagne médiatique contre le don du sang

Publiée le 24 juin 2012 | Par Frédéric Le Barzic | Communiqué de Presse, News

Droit de réponse suite aux  inexactitudes parues sur l’ouverture du don du sang aux homosexuels.

Suite aux déclarations de Marisol Touraine, la Ministre en charge de la santé le 14 juin dernier, sur l’ouverture du don du sang aux homosexuels masculins, plusieurs médias (Libération, le Figaro, Europe 1) ont récemment prétendu que c’était  « une fausse bonne idée dangereuse ». Ils ont fondé leur argumentaire sur une base d’informations pas toujours d’actualité ou en utilisant celui de l’association Aides qui n’y est pas favorable et qui, sous couvert de lutter contre la sérophobie, ne fait qu’entretenir un sentiment de peur irrationnelle. De plus Bruno Spires président de AIDES renie sa parole donnée à nos membres d’HOMODONNEUR à qui il déclarait dans un courrier du 25 mars 2012 : « Nous avons toujours essayé d’observer une position de neutralité pour ne pas nuire à votre mobilisation, c’est la même préoccupation qui nous anime aujourd’hui. »

Le collectif des 25000 donneurs souhaite donc apporter son expertise au débat en rappelant quelques faits.

Les critères sécuritaristes et discriminatoires mis en place par l’EFS (Établissement français du sang) envers les homosexuels masculins font suite à la contamination par le VIH des transfusions sanguines à la fin des années 80,  où la gestion politique et des responsables du CNTS (centre national de transfusion sanguine) a conduit à la catastrophe sanitaire que nous connaissons tous et toutes.

Aujourd’hui, les méthodes de détection, par les tests de dépistage (Elisa et Western Blot) des poches permettent de repérer les lots contaminés et d’éliminer tous risques de contamination par transfusion sanguine.  Malgré tout, il existe une « fenêtre sérologique silencieuse », (qui est de 12 jours pour le VIH et de 3 mois pour l’hépatite) correspondant à la période de séroconversion lors d’une contamination. C’est cette période de séroconversion (qui est identique pour l’ensemble de la population, et ce quelle que soit son orientation sexuelle…) qui inquiète les responsables de l’EFS. Et ces derniers croisent avec cette information les données épidémiologiques du VIH, qui estiment qu’une personne homosexuelle a 200 fois plus de risques d’être contaminé par le VIH qu’une personne hétérosexuelle.

Les chiffres comparant les risques de contamination entre les populations hétérosexuelle et homosexuelle (100 fois, 65 fois, 200 fois plus…) n’ont aucune valeur, car ce ne sont que des estimations (donc sujettes à caution) faites AVANT les tests de dépistage. Or on sait, d’après les études de l’INVS (Institut national de veille sanitaire), que les homosexuels ont un suivi plus régulier que les hétérosexuels (87% des  homosexuels ont fait un dépistage au cours de l’année selon l’enquête presse gay)

Les seuls chiffres qui pourraient éventuellement avoir un impact sont les chiffres avancés par l’INVS sur les contaminations résiduelles (la transmission du VIH par transfusion malgré toutes les précautions prises). Ces chiffres, toujours des estimations fondées sur des calculs statistiques et des présupposés, sont entre 0 et 1 contamination par an pour les donneurs hétérosexuels, et 1 contamination pour les donneurs homosexuels masculins. Or aujourd’hui, 10 ans après la mise en place du DGV(dépistage génomique viral), nous constatons que, malgré des demandes répétées, le décompte des contaminations, année par année, ne nous a jamais été fourni. L’EFS ne veut pas communiquer ce chiffre, car ces éventuelles contaminations par des donneurs hétérosexuels n’existent pas.

De plus, sur la période 2008-2010 il y a eu 28 séroconversions entre deux dons, dont la moitié due à des homosexuels non « déclarés ». Deux conclusions supplémentaires s’imposent. Premièrement, l’exclusion est mal vécue, certains homosexuels masculins donnent leur sang en mentant sur leur orientation sexuelle, et le médecin ne peut donc pas déterminer si le donneur a pris des risques récemment, c’est d’ailleurs pour cela que l’INVS affirme depuis 2008 que les chiffres ne doivent pas automatiquement conduire à l’exclusion permanente. Deuxièmement, les personnes nouvellement contaminées sont détectées. Les tests sont donc efficaces.

En Europe, la prévalence du VIH dans la population homosexuelle (selon une étude de l’INVS de 2011) est de 0,4 en France, 0,3 en Italie, 0,4 en Espagne et 0,6 au Portugal  ce qui est sensiblement égal. Pourtant  l’Italie en 2001, l’Espagne en 2005 et le Portugal en 2007 ont ouvert le don du sang aux homosexuels selon les mêmes critères que pour les donneurs hétérosexuels, en pratiquant les même tests qu’en France et ce sans sur-contamination.

Les besoins en don de sang sont de près de 10 000 poches par jour. Autoriser Les 25 000 Donneurs que nous représentons à donner leur sang permettrait, en fonction de la moyenne de don, de garantir 50 000 poches chaque année soit 5 jours de stocks.

A-t-on les moyens de s’en priver alors qu’en 2010 les besoins augmentaient de 5% quand les dons baissaient  de 2,7% ?

En ouvrant le don du sang aux homosexuels masculins, nous réduirons les durées de pénurie, la sécurité du système transfusionnel sera accrue, et tous, vous comme nous, auront plus facilement accès à du sang quand nous en aurons besoin.

LES 25 000 DONNEURS.

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