Journée Mondiale de Prévention du Suicide : les (jeunes) LGBT en 1ère ligne…

Publiée le 10 septembre 2012 | Par Frédéric Le Barzic | News

De très nombreuses enquêtes statistiques en Europe, en Amérique du Nord, en Asie et en Océanie mettent en évidence un risque plus élevé de suicide pour les jeunes homo-bisexuel.le.s.. L’homophobie touche une part non négligeable des jeunes, puisqu’elle concerne potentiellement les jeunes qui ont une attirance pour des personnes du même sexe (6% des jeunes de 15 à 18 ans), mais aussi les garçons et filles qui ne se conforment pas aux modèles masculin et féminin dominants et qui de ce fait sont assimilés à des homosexuel-le-s. L’homophobie peut se manifester par des violences verbales et physiques dont bien des témoignages se font l’écho, mais elle peut aussi être simplement intériorisée. Elle mène alors, comme l’ont notamment montré Eric Verdier et Jean-Marie Firdion, à une « dévalorisation de soi », qui va de pair avec un sentiment profond de honte et de haine d’être soi, et à une « perte de confiance dans l’avenir », que seul le soutien des proches et des adultes peut aider à surmonter. Au-delà des causes psychologiques individuelles, l’explication des tentatives de suicide accomplies ou non par ces jeunes, réside aussi dans le caractère très normatif, en terme de genre et de sexualité, de notre culture  et à l’homophobie encore très présente dans nos sociétés.

 

dessin Mikl Myer DR

En conflit avec leur perception d’eux-mêmes et en l’absence de modèles positifs et diversifiés auxquels ils pourraient se référer, certain-e-s jeunes gays, lesbiennes, bisexuel-le-s ou transsexuel-le-s mettent en place des stratégies pour échapper à l’ “anormalité”, depuis le choix de se cacher derrière le masque de l’hétérosexualité, jusqu’à celui, extrême, de se supprimer. Il est urgent que nos sociétés réfléchissent aux manières de lutter contre le mal-être des jeunes victimes de l’homophobie ambiante, par exemple en favorisant la diversification des modèles positifs que l’on offre aux jeunes et la mise en oeuvre d’actions de pédagogie et d’éducation ambitieuses en matière de lutte contre l’homophobie et le sexisme. Le projet américain It’s get better qui met en scène des personnalités homos ou non dans des videos largement diffusées dans le but de dédramatiser l’homosexualité en est un exemple. Mais ce genre d’initiatives associatives et militantes ne doivent pas faire oublier que l’Etat et les collectivités doivent aussi s’engager.

Jerome C.

Pour en savoir plus : H. Lagrange, B. Lhomond (dir.), 1997, L’entrée dans la sexualité. Le comportement des jeunes dans le contexte du sida, Editions La Découverte.F. Beck, J.-M. Firdion, S. Legleye, M.-A. Schiltz, 2010, Les minorités sexuelles face au risque suicidaire. Acquis des sciences sociales et perspectives, INPES, coll. Santé en action (http://www.inpes.sante.fr/CFESBases/catalogue/pdf/1291.pdf)  E. Verdier, J.-M. Firdion, 2003, Homosexualités et suicide. Etudes, témoignages et analyse: les jeunes face à l’homophobie, H&O éditions.

Le texte ci-dessus est extrait du programme du Festival des Fiertés LGBT 2011.

Merci à Mikl Mayer pour les deux illustrations réalisées spécialement pour AEC Toulouse

Sur ce sujet, voir aussi la thèse de JM Pugnière présentée cette année à Toulouse

 

 

 

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