Homos et Vatican : Arc-en-Ciel publie la réponse du vicaire épiscopal à Alexandre Paris

Publiée le 23 avril 2010 | Par Frédéric Le Barzic | News

Par la voix de l’hebdomadaire « Le Petit Journal », qui publie aussi  le communiqué d’Arc-en-Ciel sur les propos stigmatisants du cardinal Bertone, l’abbé Olivier de Germay, vicaire épiscopal du diocèse de Toulouse, vient de répondre à notre président Alexandre Paris. Nous reproduisons sur notre site cette réponse qui entend se placer dans un esprit de dialogue passablement dégradé par les propos du cardinal Bertone.

« L’association Arc-en-Ciel interpelle l’Eglise catholique. J’ose y voir un appel au dialogue ; c’est en tout cas dans cet état d’esprit que je réponds. Les débats peuvent être au service d’une plus grande fraternité ; les polémiques sont souvent stériles et source de divisions.

Les propos du Cardinal Bertone ont visiblement scandalisé de nombreuses personnes, dont les membres de l’association Arc-en-Ciel. Ils sont interprétés comme des paroles provoquant « la haine de son prochain ». Par respect pour celui qui s’est exprimé, il faut essayer de comprendre le sens de ses propos et aller au-delà d’une simple phrase sortie de son contexte.

Le cardinal Bertone a fait référence à une étude, réalisée aux Etats-Unis par le John Jay College de New York, faisant apparaître que 81 % des cas de pédophilies impliquant des prêtres avaient comme victimes des garçons. On peut également supposer qu’il avait en tête les résultats d’une autre enquête statistique qui indique que dans 90 % des cas dits de pédophilie, il s’agit en réalité d’éphébophilie (relations sexuelles avec des adolescents), et que 60 % de ces cas d’éphébophilie concernent des relations homosexuelles.

Le cardinal évoque donc une réalité statistique dans un contexte précis. Il ne me semble pas juste de dire qu’il cherche à présenter « l’homosexualité comme seule cause » de la pédophilie. Il est évident que le lien statistique cité ci-dessus entre homosexualité et pédophilie ne suffit pas à établir un lien général de cause à effet entre ces deux réalités. Il s’agit là d’une question complexe faisant appel à une compétence psychologique ou médicale que ne revendique pas le cardinal Bertone.

Personnellement, je n’aurais pas exprimé les choses comme il l’a fait. Je comprends que, dans le contexte actuel, ses propos aient pu être perçus comme une mise en accusation d’une certaine catégorie de personnes. Ce que je regrette, c’est le climat dans lequel ces questions sont traitées aujourd’hui. Il me semble que notre société n’a rien à gagner de ces polémiques (qui ne visent pas uniquement l’Eglise catholique) dans lesquelles on est à l’affût de « la petite phrase » qui va faire scandale. Tout cela ne favorise pas un véritable débat sur des questions pourtant essentielles.

L’Eglise catholique pense qu’il est urgent  aujourd’hui de mener une réflexion sur un certain nombre de sujets de société, et en particulier sur la question de la sexualité humaine. Le drame de la pédophilie qui, on le sait bien, touche notre société dans son ensemble, montre bien qu’il y a là des enjeux importants. Sur ces questions, l’Eglise exprime donc des convictions. On a le droit de ne pas être d’accord avec elle, mais il est dommage que son discours soit si souvent caricaturé ou présenté comme une liste d’interdits ou de condamnations.

Je suis sensible au fait que M. Paris, dans son communiqué, fasse référence à  « l’amour du prochain » et aussi à la tolérance. Cela ne l’empêche pas – à juste titre – de condamner « les actes de pédophilie ». Il ne confond pas un jugement sur des actes et un jugement sur des personnes. Il en est de même pour l’Eglise ; lorsqu’elle participe aux débats éthiques, elle pose des jugements sur des actes ou des comportements, mais elle n’entend pas condamner des personnes. S’exprimer au grand jour dans l’espace public (non sans risque !) n’est pas de l’obscurantisme. C’est d’interdire le débat qui en serait. »

Père Olivier de Germay, vicaire épiscopal du diocèse de Toulouse.

Cette réponse appelle évidemment quelques commentaires. Si le père de Germay comprend la réaction de « certaines personnes » aux propos tenus par le numéro 2 du Vatican, et qu’il concède qu’il ne se serait pas exprimé de la même façon , il établit un distinguo entre des comportements et des personnes qui ne permet pas de savoir si l’Eglise « juge » aujourd’hui de la même manière la pédophilie et l’homosexualité, ce qui reste au coeur de la polémique, car de l’amalgame.

D’autre part,  les premières statistiques avancées ne concernent que des cas de pédophilie au sein du clergé et le terme « éphébophilie » est bien trop connoté « garçon » pour désigner aussi des relations avec des adolescentes, ce qui, finalement, contribue encore à l’amalgame déjà dénoncé par Arc en Ciel. Une fois encore, scientifiquement , et comme l’ont redit tous les spécialistes qui travaillent sur la pédophilie, y compris des spécialistes catholiques, rien ne permet d’établir un lien entre celle-ci et l’homosexualité.

Enfin, si les personnes homosexuelles ne seraient donc  pas « jugées » par l’Eglise, ou plus exactement ne le seraient plus, la condamnation qui perdure depuis des siècles « des pratiques homosexuelles » reste inacceptable. Ce qui est donc très clairement demandé à toutes les Eglises est bien la condamnation sans aucune ambigüité de l’homophobie et de la transphobie.

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One Response to Homos et Vatican : Arc-en-Ciel publie la réponse du vicaire épiscopal à Alexandre Paris

  1. Fabrice Ryckebusch says:

    Le fait qu’un vicaire épiscopal appartenant à la garde rapproch… See Moreée de l’archevêque ait répondu à une association homosexuelle est déjà un signe de désaveu pour le Cardinal Bertone. C’est un peu comme si un sous préfet avait écrit ou dit en public et à voix haute qu’il ne se serait pas exprimé comme le Ministre de l’Intérieur. Cela en dit long sur le malaise de l’institution. Après qu’il veuille noyer le poisson et rentre dans des distinctions subtiles entre éphèbes ou plus jeunes garçons, ce n’est franchement pas important…Ce qui est intéressant ce sont les statistiques auxquelles il renvoie et qui ne concernent que des des ecclésiastiques hommes… Forcément elles ont tendance à concerner aussi des garçons… Mais ce ne sont pas des statistiques qui traitent de pédophilie en général.
    Pour le reste il ne fallait pas attendre de lui qu’il dise que l’homosexualité est une bonne chose… Il est dans son discours d’ecclésiastique : l’Eglise ne condamne pas les homosexuels, elle condamne la pratique homosexuelle et l’homosexualité (c’est son droit le plus absolu sans cela sa théologie du mariage UNA CARO n’a plus de sens)…C’est un peu la réponse du berger à la bergère… A force de dire qu’il n’y avait pas d’homosexuels avant l’invention du mot (les historiens du genre, les théoriciens du Queer…) mais seulement des pratiques, on ne peut pas lui reprocher de jouer sur les deux tableaux.
    Ce qui est plus grave, c’est que ce genre de propos ressort à un moment où l’Europe se droitise, ou les actes homophobes me semblent se multiplier et où les revendications homos se font discrètes.