Discours de l’Inauguration officielle du Festival des Fiertés LGBT 2014 de Toulouse !

Mardi dernier, le 03 Juin, a été célébrée l’Inauguration officielle du Festival des Fiertés LGBT 2014 de Toulouse !

 

Les organisateurs, bénévoles d’Arc En Ciel Toulouse et le public furent invités par la Mairie de Toulouse afin de donner le coup d’envoi du Festival culturel organisé par Arc En Ciel Toulouse comme depuis plusieurs années déjà, un festival qui se veut militant et festif, ouvert à touTEs et permettant d’aborder le sujet de l’orientation sexuelle autrement que par des aspects négatifs qui sont trop souvent médiatisés au dépend des aspects plus positifs comme la créativité, l’entraide, la prévention en matière de santé, et bien d’autres idées qui sont toutes des mains tendues vers l’autre.

Deux intervenants ont pu prendre la parole ce soir-là, à savoir le nouveau maire de la ville de Toulouse, Jean-Luc Moudenc, puis Noémie, la co-présidente d’Arc En Ciel Toulouse.

Parmi les idées développées par M. Jean-Luc Moudenc, les plus marquantes peuvent être les suivantes :

 

Jean-Luc Moudenc, maire de Toulouse, a mis l’accent sur le 20ème anniversaire de la Marche des Fiertés LGBT.
Cette inauguration et cette rencontre sont un moyen de répondre à certaines interrogations, et se voir permet de se dire les choses, dans une salle [la Salle des Illustres] où règne la sérénité, sérénité qui permet le dialogue. Il tenait à répondre à ces interrogations pour que les choses soient claires.
Jean-Luc Moudenc a précisé que sa municipalité est aujourd’hui clairement engagée dans des valeurs d’égalité et de diversité, c’est pourquoi il a nommé Laurent Lesgourgues à cette délégation. Cette nouvelle municipalité souhaite préserver et pérenniser des avancées mises en place sous la Mairie précédente.

La municipalité doit faire vivre l’Espace des Diversité sous le sceau de la Laïcité, la Laïcité et la Diversité étant des principes fondateurs et républicains.
Cet Espace vit grâce à l’engagement municipal et à la multiplicité des engagements associatifs. Ces engagements sont les bienvenus, et les moyens alloués par la Mairie à ces associations seront également pérennisés.
Le maire souhaite réfléchir sur de nouveaux objectifs : nouvel élan dans la lutte contre l’homophobie car notre pays a connu une recrudescence de ce type de comportements. Il a décidé d’agir dans un champ où beaucoup de choses restent à faire, à savoir la formation du personnel de la ville et de la Communauté urbaine. Formation dans la lutte contre l’homophobie des 13000 agents de la ville et de la communauté urbaine. Les programmes en la matière sont insuffisamment développés, et ils le seront davantage pour sensibiliser le personnel.
Il souhaite que l’esprit qui prévalait sous sa première mandature soit le même, un état d’esprit de dialogue, dans le respect des diversités.

« On n’est pas là pour être d’accord tout le temps, on est là pour se parler, on est là pour établir des convergences, on est là pour faire avancer un certain nombre de causes, dans le cadre de nos rôles qui sont différents. Lorsqu’on est un élu, lorsqu’on est un responsable associatif, nous n’avons pas les mêmes rôles, mais nous avons une complémentarité à faire vivre. »

 

Suite à cette prise de parole, Noémie, co-présidente d’Arc En Ciel Toulouse, s’est exprimée en ces mots (discours que vous pouvez retrouver en intégralité – sauf la minute de silence et la dernière phrase malheureusement … – dans la vidéo ci-dessous) :

 

 

“Bonjour à Tous, et à toutes,

 

Au nom d’Arc en Ciel, je suis heureuse de vous voir ici, et d’inaugurer ce festival des fiertés.

Je remercie nos partenaires, les associations et les bénévoles qui ont été et sont à nos côtés, pour leur implication, aboutissant à la réalisation de ce festival, prélude de la Marche des fiertés, riche d’animations, qu’elles soient culturelles et/ou festives.

Je remercie aussi ces personnes pour leur présence lors de tous les événements, débats, échanges ayant eu lieu tout au long de cette année, permettant un enrichissement de nos réflexions et définissant nos objectifs pour les années à venir.

Je tiens aussi à remercier l’intégralité du bureau, Alexia, Florence, Nicole, Christine, Michel, Alexandre mais surtout Stéphane, qui m’ont soutenu tout au long de l’année.

Je remercie nos deux référents Thierry et plus particulièrement Matthieu d’avoir œuvré sans relâche pour le bon déroulement de cet événement.

Pourquoi particulièrement Matthieu ? Car cette semaine il fête ses 26 ans.

Et oui, ce festival recèle, un lot d’anniversaires.

 

Et si nous sommes ici, c’est selon moi, grâce à ses hommes et ses femmes qui, il y a 45 ans, ont décidé de dire STOP. En 1969, les clients de la Stonewall Inn, bar Gay de Greenwich Village, ont riposté contre le harcèlement des services de police qui était devenu régulier. Durant 5 jours et pour la première fois dans l’histoire, des personnes gays et Trans ont refusé d’accepter le statu quo de l’oppression. Ce mouvement a spontanément rassemblé des milliers de manifestants, et beaucoup de personnes homosexuelles et transsexuelles furent battues.

 

Ces émeutes sont le précurseur, et pour beaucoup, l’acte fondateur de ce qui est devenu la marche des fiertés.

 

En parlant, de symbolique, nous sommes ici rassemblés dans la Salle des Illustres, salle dans laquelle sont célébrées des unions (pacs, mariages) , d’hommes, et de femmes, venant attester de leur l’amour. Depuis un an, ceci est devenu possible pour les couples de personnes de même sexe avec le vote du mariage pour tous.

Mais celui-ci qui exclut encore les ressortissants de 11 pays européens ne pouvant toujours pas se marier avec des françaises ou des français, ne serait-il pas une coquille vide et fragile ?

 

Durant 18 mois, Toulouse ainsi que la France entière a été victime d’une déferlante d’intolérance et de mépris, de la part de citoyens, de politiques, de religieux, d’extrémistes, avec un constat plus qu’alarmant sur l’augmentation du nombre de témoignages d’actes homophobes.

Ces actes sont variés, à la fois invisibles pour certains, pour d’autres beaucoup moins, pouvant être très violents.

 

Quelques exemples :

 


 

· D’un simple regard, à l’agression physique :

 

Ce fut le cas de cette jeune tarbaise, enlevée et séquestrée par sa propre famille. Son crime ? Être lesbienne, et refuser un mariage forcé.

 


 

· Du refus d’inscrire un deuxième parent sur les listes scolaires, au refus d’adoption plénière au tribunal :

 

Le tribunal de Toulouse en est le témoin) . L’adoption plénière pour des couples homoparentaux qui avait été acceptée par le tribunal, a fait l’objet systématique d’un appel (donc possible refus) par le procureur au motif….), ces couples sont toujours en procédure.

 

Malheureusement, la loi Taubira n’étant pas claire sur le sujet de l’adoption, les questions relatives à la Procréation médicalement assisté et la loi famille reporté en 2017, sous la pression de députés et collectifs, ont permis la non reconnaissance de certains parents et surtout la précarité juridique de nombreux enfants. A Versailles, l’adoption d’un enfant issu de PMA a été refusée à une mère, argumentant que l’enfant avait été illégalement conçu.

 

Un enfant, c’est avant tout un être humain. C’est l’aboutissement d’un projet, en aucun cas, l’aboutissement d’une longue sélection génétique nécessitant un principe de précaution comme peuvent l’être les OGM.

 


 

· D’une phrase à la machine à café, à la tentative de suicide :

 

La discrimination est présente à la fois dans le milieu du travail ainsi que chez les étudiants et les jeunes. En 2013, 30% des gays de moins de 25 ans auraient déjà tenté de se suicider. En cause, la précarité qui touche 64% d’entre eux, et la peur de se confronter au regard des autres.

 


 

· De la stigmatisation pédé=VIH à l’exclusion, et la précarité de personnes atteintes d’hépatites ou du Sida :

 

Au mois de mars, le préfet de Haute Garonne n’a pas tenu compte de l’avis positif du médecin de l’Agence régionale de santé (ARS) qui demandait à ce que Mr ASATIANI, gravement malade, d’origine géorgienne puisse rester en France pour raison de santé et a, au contraire, ordonné son expulsion.

 

En Midi Pyrénées, le pourcentage de HsH découvrant leur séropositivité est au dessus de la moyenne nationale. Les coupes budgétaires réalisées à l‘échelle locale et nationale, provoquent l’amoindrissement des actions possibles voire la disparition d’associations engagées dans la lutte du VIH et l’accompagnement de personnes malades. Cette situation renforce l’isolement et la précarisation des personnes concernées. Cette stigmatisation sert d’autant plus d’alibi injustifié à une mesure sécuritaire que nous considérons comme scientifiquement non défendable et préjudiciable à la santé publique, à savoir l’exclusion à vie de tous les HsH du don du sang.

 


 

· Du port de la jupe par des lycéens, à la violation de la vie privée des personnes transgenres :

 

Les personnes transgenres ne sont plus considérées comme des malades mentaux en France depuis seulement 4 ans. Trop souvent pour la modification de leur état civil, les tribunaux exigent encore une opération génitale qui est une stérilisation de fait, ce qui est une violation exceptionnellement grave des droits humains, ainsi que l’a récemment rappelé un rapport d’Amnesty international et une déclaration de l’ONU. .

 


 

· D’une insulte au coin d’une rue, à la libération et médiatisation de la parole de groupuscules extrémistes :

 

La manif pour tous, Civitas, le printemps Français, jour de colère et bien d’autre, ont eu la possibilité de s’exprimer, à travers la signature de la charte des municipales, de conférences et défilés, hier et encore aujourd’hui, à Toulouse et ailleurs. Pour rappel, ces démarches ont appelé à bafouer les avancées vers l’égalité pour tous et toutes. L’homophobie est par définition, l’hostilité, explicite ou implicite, envers des personnes homosexuelles ou présumées homosexuelles. C’est un point très sensible, mais à nos yeux capital sur lequel, je le sais, nous ne sommes pas d’accord avec de nombreuses personnalités politiques, et notamment notre nouveau Maire. L’hostilité à l’avancée vers l’égalité des droits des personnes LGBT, tant sur le mariage que la PMA, la famille ou les questions de genre, Arc en ciel Toulouse, association luttant contre les LGBTphobies, ne peut que condamner ces actes.

 


 

Alors c’est à l’ensemble de ces faits, que nous répondons, et contre lesquels nous combattons non seulement par des défilés dans la rue, mais par l’information, la pédagogie et la prévention, à travers des actions bien moins visibles que le Festival et la Marche des Fiertés, et grâce à nos commissions auxquelles je rends ici hommage et qui œuvrent sans relâche, jour après jour, sur le terrain de l’éducation, de la santé, de l’accueil et du soutien des personnes en difficulté, de l’intégration des personnes sourdes et malentendantes et des plus âgés d’entre nous, la marche et le festival.

 

Le Festival des Fiertés LGBT que nous inaugurons aujourd’hui se veut militant mais également festif. Il comporte une diversité d’événements qui, eux-mêmes, s’adressent à tous les publics : les jeunes et les enseignants avec l’exposition de la littérature jeunesse contre les discriminations, les plus âgés avec une conférence sur la santé hier soir. Certains événements mettent en valeur les femmes, comme par exemple une rencontre pour parler sexualité au féminin ou encore un atelier Drag King, d’autres les hommes via une exposition photo en fin de festival. Sans oublier ces personnes qui peuvent être confrontées à une double discrimination, handicap et orientation sexuelle, à savoir les personnes sourdes LGBT), qui ont réalisé une exposition qui sera visible durant toute la durée du festival. Tous ces événements ne sont que des exemples et je vous invite à prendre connaissance du Programme du festival qui est disponible en version numérique sur le site web d’Arc En Ciel Toulouse et une version papier sera bientôt distribuée.

 

Arc En Ciel Toulouse tient à exprimer son soutien à cette poignée de bénévoles en Andorre qui a réussi, malgré l’absence de structures associatives LGBT, à organiser un grand événement, Gaymz Andorra, qui se déroulera durant toute la journée du Samedi 21 Juin prochain. Un grand événement qui se veut fédérateur, festif et militant lui aussi, afin de donner une plus grande visibilité aux personnes LGBT en Andorre. Pas plus tard qu’hier , le Conseil général de cette principauté, seul organe constitutif du Parlement andorran, a refusé l’ouverture du mariage aux couples de personnes de même sexe pour préférer le terme d'”union civile” ! Si cette partie du chemin a déjà été parcourue en France, nous n’oublions pas et nous soutenons ces États qui doivent encore affronter ce type d’obstacles pour faire un pas de plus vers l’égalité !. Nous leur exprimons notre soutien et ne les oublions pas.

 

Je vous invite à participer à toutes nos activités ainsi qu’à la marche des fiertés, le 14 juin dont le départ est Place du capitole à 14h00.

 

Je remercie toutes les personnes qui se sont investies pour préparer le Festival, la journée de la Marche, jusque dans la décoration du char, les partenaires associatifs, les annonceurs et partenaires commerciaux, l’équipe qui a réalisé l’affiche, les flyers et le programme.

 

A travers nos actions et celles à travers le monde, je veux croire que les mentalités évolueront, je veux croire que notre lutte se finira un jour, lorsque tous les individus seront libres et égaux devant la loi. C’est pour cela que j’invite les personnes concernées et leurs représentants à se réapproprier cette marche.

 

Le passé est derrière nous, tournons-lui le dos sans oublier que celui-ci nous a construit, pour s’orienter vers l’avenir, avec, je l’espère une volonté de dialogue mais surtout une main tendue et des actes forts de nos anciens détracteurs, pour mener à bien nos projets vers l’égalité pour toutes et tous.

 

Je demande une minute de silence en souvenirs de toutes les victimes de LGBTphobies depuis la dernière Manif pour Tous.

 

  • Minute de silence *

 

Je vous remercie, et n’oubliez pas :

 

Soyons fierEs de qui nous sommes !

 

 

 

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