Adoption : un témoignage

Publiée le 9 mars 2014 | Associations, Commissions, Homoparentalité, News

L’égalité des droits se conquiert dans les urnes, puis au parlement. Mais elle se réalise aussi par vos combats quotidiens. Le témoignage qui suit nous est confié par un couple de femmes membres de notre association. Nous pensons qu’il sera utile à toutes et à tous, dans vos luttes. Nous recommandons particulièrement sa lecture aux parents et futurs parents.

Ensemble depuis bientôt dix ans, avec des envies de maison pleine de rires d’enfants (moins de crise de terrible two et de chamailleries, mais bon ça fait partie du package), nous lancions il y a 5 ans l’opération baby. Comme ma femme est une vraie mère poule pondeuse, 12 mois après notre premier rendez-vous dans une clinique espagnole, nous nous retrouvions mamans de deux jumeaux. Depuis, nous avons construit notre famille comme tout couple le ferait, le plus naturellement possible, en traversant les périodes de doutes, les périodes d’arrachage de cheveux, et les émerveillements devant nos progénitures.

Et puis nous avons essayé de sécuriser notre cocon dans la mesure de ce que permettait la loi, avec la délégation partage de l’autorité, la tutelle testamentaire dans un premier temps, et puis l’année dernière, nous sommes allées plus loin avec le mariage, avec en ligne de mire, l’adoption plénière des enfants par moi même.

Considérant que nous étions sans doute les mieux placées pour parler de nous, de notre situation, de nos droits, et ayant suivi de près les actualités en matière d’application de la loi sur l’adoption, nous avons décidé de nous passer d’une robe noire.

Alors, après avoir rassemblé toutes les pièces nécessaires pour la soumission de la requête et la rédaction de celle-ci, nous voilà convoquées au tribunal avec un procureur favorable à une adoption « simple » et non pas plénière comme nous l’avions demandée.

Malgré ça, nous restons plutôt confiantes quand on sait que les premiers cas d’adoptions accordées en France n’ont été qu’une formalité, mais alertes tout de même quant à d’éventuels arguments dévaforables du procureur. Nous préparons donc bien notre audience.

Le jour J, dès les premières minutes nous comprenons que ça ne sera pas une simple formalité pour nous. Une des magistrate cite la juriste Claire Neyrinck, profondement hostile a la loi du 17 mai 2013, qui a commenté très sévèrement la décision du T.G.I. de Lille, en qualifiant de fiction le fait que deux mères puissent avoir des enfants, mais a également ajouté que les enfants à leur majorité souhaiteront retrouver leur père et enfin que la PMA à laquelle ont recourt les femmes est illégale.

Très vite, le procureur attaque avec ces mêmes arguments, durs, tels que la fraude à la loi concernant notre recours à une IAD, puis en évoquant une possible évolution de la loi espagnole en matière d’anonymat de don de gamètes. Pour lui, c’est clair, dans l’intérêt des enfants, nous devons laisser une place de « père » à celui qui a été le géniteur !

Face à de tels arguments, la surprise, mais il faut réagir, et vite. Nous nous défendons avec force à la lumière de ce que nous connaissons de la loi, de notre situation, des précédents en matière d’adoption, et puis surtout avec ce que nous considérons être du bon sens. L’audience sera longue, la chambre semblant soutenir, pour une partie au moins, les propos du procureur, nous nous sentons bien seules.

En 3 ans et demi depuis la naissance des enfants, jamais nous n’avons essuyé de remarque désagréable sur notre famille, et là, pendant 45 minutes, une avalanche d’arguments fallacieux nous ramène au débat qui anime la France depuis un an et demi, le mariage pour tous et l’adoption par les couples homos.

Puis, arrive le moment où la présidente nous demande les raisons de notre souhait d’une adoption plénière plutôt qu’une simple, parce que, dit-elle “ce n’est pas si différent”.

Mais la différence est énorme ! Elle nous recale à une position de citoyen de deuxième zone, à des fraudeuses, à une famille amputée de la présence d’un homme…

Nous sentons une insistance forte pour cette adoption « simple » et on nous propose même « en cas de refus de notre requête pour une plénière » de transformer notre requête pour une « simple », via une subsidiarité.

Que nenni, plus déterminées que jamais, nous refusons leur proposition et maintenons fermement notre souhait d’une adoption plénière.

Plénière ou rien sera notre conclusion.

Nous nous battrons jusqu’au bout pour la reconnaissance de notre famille, une reconnaissance sociale, ô combien symbolique, et légale avec la filiation et bien sûr une sécurisation de notre famille.

Don’t forget :

L’action de chacune de nos familles est une pierre à l’édifice qu’est l’Egalité.

Défendez vous, battez vous, soyez claires dans vos arguments, ne vous laissez pas impressionner par quelques arguments néandertaliens.

Vous venez chercher une adoption plénière, gardez le cap et ne cédez pas à la pression !

 

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