Amnesty : action urgente en Russie – suite Tchétchénie

Publiée le 21 mai 2017 | Par bpoiret | Associations, Associations Membres, Évenements, News, News (Slider Homepage)

RUSSIE : UN JOURNAL MENACE POUR AVOIR PUBLIE DES INFORMATIONS SUR DES ENLEVEMENTS

 

Les membres du personnel du journal russe Novaya Gazeta et des journalistes les soutenant ont été menacés à la suite de la publication par ce journal d’informations concernant l’enlèvement d’hommes gays et les tortures qui leur ont été infligées en Tchétchénie.

Le 1er avril, Novaya Gazeta a indiqué que plus d’une centaine d’hommes perçus comme étant gays avaient été récemment enlevés dans le cadre d’une campagne coordonnée. Les hauts responsables tchétchènes ont réagi en niant ces informations ou avec des menaces à peine voilées. Le 3 avril, 15 000 personnes incluant des aînés tchétchènes, des leaders d’opinion et des théologiens musulmans ont participé à un rassemblement dans la mosquée du centre de Grozny, la capitale tchétchène. Lors de ce rassemblement, Adam Shakhidov, un conseiller du dirigeant du pays, a publiquement accusé le journal d’avoir menti et a déclaré au sujet des membres de son personnel : « [Ce sont] des ennemis de notre foi et de notre patrie. »  Une résolution a été adoptée lors du rassemblement, disant, entre autres choses : « Puisque les fondations séculaires de la société tchétchène ont été insultées, de même que la dignité des hommes tchétchènes et notre foi, nous promettons que les véritables instigateurs [de ceci] subiront des mesures de rétorsion, quels qu’ils soient, où qu’ils se trouvent et peu importe le temps que cela prendra”. Un enregistrement du discours d’Adam Shakhidov et du rassemblement a été largement diffusé à la télévision publique nationale et sur les réseaux sociaux. À la suite de ces menaces visant Novaya Gazeta, la radio indépendante Ekho   Moskvy, qui a exprimé son soutien au personnel menacé, a elle aussi été menacée par le mufti de Tchétchénie, Salakh Mejiyev.

 

Les appels à des représailles lancés par le passé en Tchétchénie par des personnes influentes ont de nombreuses fois été suivis par des attaques visant les personnes mises en cause, et même par des homicides. Ceux qui ont lancé les menaces sont restés impunis, et les homicides et autres violences n’ont jamais fait l’objet d’enquêtes exhaustives et efficaces. Figurent au nombre des victimes de telles attaques la journaliste de Novaya Gazeta Anna Politkovskaya, connue pour ses reportages sur la Tchétchénie, qui a été assassinée en 2006, ainsi que la défenseure des droits humains Natalia Estemirova, qui avait souvent travaillé pour Novaya Gazeta et qui a été assassinée en 2009.

 

ACTION RECOMMANDEE : lettre international / email / fax :

  • Demandez aux autorités russes de prendre les mesures nécessaires face aux menaces visant le personnel de NovayaGazeta et d’EkhoMoskvy, et de veiller à ce que des enquêtes efficaces et impartiales soient menées dans les meilleurs délais sur ces menaces, au titre des dispositions de l’article 144 du Code pénal de la Fédération de Russie relatives à « l’entrave aux activités professionnelles légitimes des journalistes » ;
  • demandez-leur de condamner toutes les menaces et violences visant des journalistes et de s’engager à ce que les responsables répondent de leurs actes ;
  • rappelez-leur que, la Russie étant partie à la Convention européenne des droits de l’homme, les autorités russes sont tenues de garantir la liberté d’expression et de protéger les journalistes face aux menaces et autres attaques.

Modèle de lettre AU Tchetchenie 04 17 suite

Attention! MERCI D’ENVOYER VOS APPELS AVANT LE 30 MAI 2017 À :

 

Responsable du Comité d’enquête :, Aleksandr IvanovichBastrykin

Investigation Committee of the RussianFederation

Tekhnicheskiipereulok, dom 2 , 105005 Moscow, Fédération de Russie

Fax : +7 495 966 97 76

Requêtes en ligne (en russe uniquement) : http://sledcom.ru/references/Organizacija_priema_grazhdan#reception

Formule d’appel : Monsieur,

Procureur général

Yuriy YakovlevichChaika

ProsecutorGeneral’s Office

  1. B. Dmitrovka, d.15a

125993 Moscow GSP- 3, Fédération de Russie

Fax : +7 495 987 58 41/ +7 495 692 17 25

Requêtes en ligne (en russe uniquement) : http://ipriem.genproc.gov.ru/contacts/ipriem/send/

Formule d’appel : Monsieur le Procureur général,

 

Copies à :

Médiatrice des droits humains de la Fédération de Russie

Tatiana NikolaevnaMoskalkova

  1. Miasnitskaia, 47

107084 Moscow

Fédération de Russie

Fax : +7 495 607 7470 / +7 495 607 3977 (pour vérifier si le fax a été reçu : +7 495 607 1854)

 

 Ambassade de la Fédération de Russie

40-50 boulevard Lannes  –  75116 Paris

Tél : 01 45 04 05 50 – Fax : 01 45 04 17 65

Courriel : ambrus@wanadoo.fr

ambrusfrance@mid.ru

 

Tarifs postaux pour la Féd. de Russie :

 

Lettre internationale (20 g) : 1,30 €

 

Ceci est la première mise à jour de l’AU 80/17.

Pour plus d’informations : www.amnesty.org/fr/documents/eur46/6023/2017/fr/http://www.amnesty.org/en/documents/eur46/6023/2017/en/

 

COMPLÉMENT D’INFORMATION

 

Le 1er avril, le journal russe indépendant NovayaGazeta a indiqué que plus d’une centaine d’hommes perçus comme étant gays avaient été récemment enlevés dans le cadre d’une campagne coordonnée. Selon des sources confidentielles dignes de foi, les hommes enlevés ont été soumis à la torture et à d’autres mauvais traitements, et été forcés de dénoncer les autres personnes LGBTI qu’ils connaissaient. NovayaGazeta a été en mesure de confirmer qu’au moins trois hommes ont été tués par leurs ravisseurs, mais ses sources affirment que de nombreux autres homicides ont été commis, y compris par des membres des familles à qui certains de ces hommes ont été rendus. Le 4 avril, NovayaGazeta a publié plusieurs témoignages révélant des informations sur des lieux de détention secrets en Tchétchénie où les hommes gays qui ont été enlevés sont retenus et torturés. (Pour en savoir plus, consultez la page https://www.amnesty.org/fr/get-involved/take-action/chechnya-stop-abducting-and-killing-gay-men/)

 

Les journalistes et défenseurs des droits humains qui ont signalé des violations des droits humains en Tchétchénie ont de nombreuses fois fait l’objet de menaces et de violences physiques. Il est rare que des enquêtes soient menées sur de tels actes. Le 9 mars 2016, deux membres de l’organisation de défense des droits humains Groupe mobile conjoint (JMG), ainsi que leur chauffeur et six journalistes travaillant pour des médias russes, norvégiens et suédois, ont été attaqués par un groupe d’hommes masqués soupçonnés d’être des responsables locaux de l’application des lois, alors qu’ils circulaient entre l’Ossétie du Nord et la Tchétchénie. Deux heures plus tard, les locaux du JMG en Ingouchie ont été saccagés par une foule et, le 16 mars 2016, le responsable de cette organisation, Igor Kaliapine, a été prié par le directeur d’un hôtel de la capitale tchétchène, Grozny, de quitter les lieux car il « n’aimait pas » le dirigeant tchétchène RamzanKadyrov. Igor Kaliapinea ensuite été pris à partie par une foule en colère. Il a reçu des coups de poing et a été la cible de jets d’œufs, de gâteaux, de farine et de produit désinfectant. Aucun de ces faits n’a fait l’objet d’une enquête en bonne et due forme. (Voir https://www.amnesty.org/fr/documents/eur46/3643/2016/fr/ et https://www.amnesty.org/fr/documents/eur46/1802/2015/fr/).

 

Le 5 septembre 2016, JalaoudiGuériev, un collaborateur de CaucasianKnot (site d’informations reconnu dédié à la région du Caucase) connu pour critiquer les dirigeants tchétchènes, a été condamné à trois ans d’emprisonnement par le tribunal du district de Chali, en Tchétchénie, pour avoir soi-disant détenu 167 grammes de cannabis. Lors de son procès, il est revenu sur ses « aveux » relatifs à l’accusation de détention de drogue, en indiquant que trois hommes en civil l’avaient enlevé le 16 avril, forcé à monter dans une voiture et conduit dans une forêt près de Grozny, où il avait été torturé avant d’être remis à des responsables de l’application des lois qui l’avaient contraint à « avouer ».

 

Le 6 janvier 2017, MagomedDaudov, président du Parlement tchétchène et l’un des plus puissants hauts responsables tchétchènes, a utilisé son compte Instagram pour menacer Grigori Chvedov, le rédacteur en chef de CaucasianKnot. Aucune enquête digne de ce nom n’a été menée sur ces agissements. Voir https://www.amnesty.org/fr/documents/eur46/5442/2017/fr/. Selon le Comité pour la protection des journalistes, 56 journalistes ont été tués en Russie depuis 1992.

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