Le docteur Jean-Pierre Calot : une procédure de suspension par l'EFS est en cours

 

Samedi 21 janvier dernier, lors de la journée « Sang pour tous » organisée Place du Capitole à Toulouse, dans un entretien aux journalistes du site web Carré d’Info,  le docteur Jean-Pierre Calot, chef de service de l’Etablissement Français du Sang Pyrénées-Méditerranée, a tenté de justifier l’exclusion à vie qui frappe actuellement en France les donneurs de sang homosexuels.

AEC Toulouse et les associations co-signataires de ce texte s’indignent des propos qui ont été tenus à cette occasion par monsieur Calot et interpelle publiquement les responsables nationaux de l’EFS et de l’INVS au moment où des avancées importantes ont lieu dans la perspective de réintégrer les donneurs homosexuels*.

Selon monsieur Calot, l’EFS n’aurait pas besoin des personnes homosexuelles car leur exclusion à vie « ne fait pas perdre beaucoup de dons et ça sécurise pour le receveur ». A la discrimination ressentie à cause de l’exclusion s’ajoute ainsi la stigmatisation d’être inutile. Les personnes homosexuelles apprécieront et les receveurs de sang en attente également.

D’autre part, pour expliquer que les personnes homosexuelles sont plus touchées que les autres par l’épidémie du VIH, comment peut-on encore prétendre que « le vagin est fait pour les relations sexuelles, et pas l’anus » ? Quelle représentation de notre sexualité et de la société ce médecin transfuseur généraliste révèle-t-il quand il parle de « l’homme normal (sic), marié, père de famille, et qui va de temps en temps avoir un rapport avec un travesti. Celui-là, il n’a pas l’impression d’être homosexuel parce qu’il a un rapport avec un travesti. L’homosexuel, le vrai, il ne va pas avoir un rapport avec un travesti parce qu’il n’aime pas les femmes, alors il aime encore moins les ersatz de femmes (re-sic!) » ?

AEC Toulouse interroge publiquement l’EFS et l’INVS sur l’opportunité de polluer le discours médical par des considérations qui distillent insidieusement le soupçon de l’homophobie et de la transphobie. En effet, le docteur Calot devrait savoir que l’homophobie et la transphobie sont des obstacles majeurs au bon fonctionnement d’un circuit transfusionnel incapable par ailleurs de faire respecter une exclusion à vie qui n’a plus lieu d’être. Comment, en effet, face à des médecins tenant des discours de cette nature, un donneur de sang peut-il répondre avec sincérité et sans crainte d’être jugé non seulement au questionnaire écrit mais surtout à l’entretien qui précède l’acte de donner son sang ?

Monsieur Calot a par ailleurs indiqué que « les associations nationales » avec lesquelles travaillait l’EFS étaient « totalement d’accord avec l’exclusion actuelle des donneurs homosexuels ». AEC Toulouse lui demande de mentionner publiquement le nom de ces associations.

AEC Toulouse rappelle à cette occasion qu’elle ne s’est jamais prononcée en faveur de cette exclusion à vie et qu’en date de son conseil d’administration du 9 janvier 2012, elle s’est prononcée en faveur de la réintégration des donneurs homosexuels.

AEC Toulouse

Communiqué de presse co-signé par Actup Sud-Ouest, l’Autre Cercle, David & Jonathan, Extra Muros, le collectif Homodonneur, le collectif Tous Receveurs Tous Donneurs, et Pourquoi Sang Priver et l’association Les Elus Locaux Contre le Sida.

*Voir J. Pillonel et C. Semaille « Accès au don du sang des hommes ayant des relations  avec des hommes et impact sur le risque transfusionnel»  in Transfusion clinique et biologique, 2 avril 2011, pp 151-57

ordre_des_mots1
Pour la première fois à Toulouse, la commission Trans d’Arc-en-Ciel vous invite à célébrer la Journée souvenir des victimes de la transphobie (T-DOR).
Au programme, la projection du film « L’Ordre des Mots » , suivie d’un débat autour de ce thème.
Dimanche 20 novembre, à La Luna Loca, de 18h30 à23h
Luna Loca
Chemin Prat-Long

 » L’Ordre des mots » de Cynthia et Melissa Arra (France, 2007), documentaire,1h 15

L’ordre des mots donne la parole à des individus Trans’ et Intersexe dont la quête d’identité de genre se trouve entravée par des normes établies. Ces personnes résistent par leur recherche de savoirs nouveaux, par leurs sexualités, leur manière de vivre son corps, mais aussi par leurs identités alternatives.

Loin du traitement habituel des questions trans’, ce documentaire aborde frontalement le sujet en interrogeant nos normes sociétales trop souvent incontestées et, surtout, en analysant la nature de l’oppression et de la répression dont fait l’objet cette communauté.

L’ordre des mots (2007), excellent documentaire, avait été remarqué lors du premier festival « Des Images Aux Mots » en 2008.

La projection sera suivie d’un échange avec le public.

Projection gratuite.

 

déc 132010

Jérémy, victime d’une agression homophobe en novembre 2007, vient de gagner son procès en appel.

Antoine et Dalil ont été reconnus coupables de violences volontaires en réunion en raison de l’orientation sexuelle de la victime. La Cour d’Appel de Lyon confirme donc le jugement ainsi que les peines :

- 8 mois de prison avec sursis;
- verser 2 500 euros de dommages et intérêts à la victime et 2 000 euros de frais d’avocat.

La Cour d’Appel de Lyon ajoute, en outre, une  suspension de tous leurs droits civiques, civils et de famille pour 3 ans. Cette décision de la Cour d’Appel de Lyon sonne pour nous comme un signal fort : ce ne sont plus les homosexuel-le-s qui doivent être considéré-e-s comme des sous-citoyens, mais plutôt les homophobes.

La Lesbian and Gay Pride de Lyon, quant à elle, a été reconnue partie civile. Elle obtient ainsi 1 000 euros de dommages et intérêts.

La victime et la Lesbian and Gay Pride de Lyon saluent cette condamnation qu’elles accueillent avec soulagement et satisfaction. Nous saluons avec force cette décision exemplaire. Elle met ainsi un terme à trois ans de bataille judiciaire.

La victoire de Jérémy doit encourager les personnes victimes d’agressions homophobes et transphobes à porter plainte. La Lesbian and Gay Pride de Lyon, qui lutte au quotidien contre l’homophobie et la transphobie, incite très fortement les personnes homosexuelles et transsexuelles, victimes d’agressions ou de discriminations à porter plainte et à contacter l’association.

Arc en Ciel Toulouse se réjouit de cette  décision de justice et invite également toutes les personnes victimes d’homophobie ou de transphobie à porter plainte et nous contacter : contact@aectoulouse.com

mar 142010

Appel contre l’homophobie et la transphobie, par Olivier Abel, Jean-Claude Guillebaud, Tarek Oubrou, Rivon Krygier

Nous sommes plusieurs intellectuels de diverses confessions inquiets des discriminations, des violences et des humiliations dont les homosexuels et transsexuels continuent à être l’objet. Bien éloignés de croire à un « sens progressiste de l’histoire » qui serait en quelque sorte irréversible et fatal, nous sommes inquiets de voir cette tendance répressive augmenter. Au-delà des convictions spirituelles, éthiques et même théologiques, nous croyons que nos Eglises et nos confessions religieuses ont une parole publique commune à tenir à ce sujet. Elles en auront l’occasion, d’ailleurs, avec la Journée mondiale de lutte contre l’homophobie et la transphobie, qui aura lieu dans deux mois exactement, le 17 mai prochain, et dont le thème porte justement, cette année, sur les religions.

Il faut le dire, nos sociétés semblent plongées dans une crise qui est tout autant morale qu’économique. C’est peut-être ce qui explique, un peu partout dans le monde, l’appel à rétablir un certain ordre moral, qu’il soit religieux ou laïc. S’il ne s’agissait que d’un appel au sens éthique de chacun, au sens où l’éthique est une parole qui ne tombe pas d’en haut et ne s’impose pas, mais se communique de proche en proche de façon « résistible », nous ne pourrions qu’applaudir. Que la crise en effet réveille des solidarités familiales, conjugales, amicales, qu’elle montre l’importance des fidélités mutuelles par lesquelles nous sommes engagés et attachés les uns aux autres, c’est possible, souhaitable, et important. Mais cet ordre moral risque de se transformer en normes de droit qui légitimeraient plus d’exclusion et de violence, déjà perceptibles dans nos sociétés, à l’égard de ceux qui ont une sexualité différente de celle de la majorité. En effet, nous avons paradoxalement des secteurs entiers qui se « libéralisent », et d’autres où se renforcent des peurs, des cloisons et des murs là même où jadis tout était plus souple, plus ouvert à l’art ordinaire de vivre ensemble. Nous avons le sentiment que dans chaque famille religieuse se trouvent le meilleur et le pire, c’est-à-dire des expressions qui appellent au refus de ces violences et de ces humiliations, et d’autres au contraire qui y incitent.

Il ne s’agit pas de lutter pour un droit : l’homosexualité et la transsexualité sont des faits qui, sous des figures et des noms divers, ont toujours existé et existeront toujours. Ce n’est pas un fait « pathologique » à combattre, mais un fait dont il faut admettre l’existence. Que dans des sociétés où la différence des sexes est troublée par divers bouleversements sociétaux ou culturels, ce fait apparaisse sous un jour nouveau, qui fait peur ou suscite des espoirs irraisonnés, n’est pas non plus la question. Les discriminations, violences et humiliations qui frappent les homosexuels et transsexuels sont de toutes façons injustes à l’égard des personnes qui les subissent.

Nous en appelons à une déclaration commune, ou du moins à une expression claire de chacune des différentes confessions, ici en France, qui ne vise pas à demander pour les homosexuels et transsexuels le droit de se marier ou d’avoir des enfants, mais pour rappeler de façon solennelle l’importance de la lutte contre les violences homophobes et transphobes. C’est au plus haut niveau interreligieux que nous devons prendre la parole, rappeler les règles universelles des droits de l’homme, et ne pas laisser croire que nos Eglises et confessions religieuses sont complices de ce nouveau discours violent qui se répand, appelant à un ordre moral fantasmatique discriminatoire, et qui jamais n’avait existé comme tel.

Olivier Abel est philosophe, Jean-Claude Guillebaud est essayiste, Tarek Oubrou est théologien, Rivon Krygier est rabbin

Publié sur LEMONDE.FR | 17.03.10 | 07h58

© 2012 Arc en Ciel Toulouse Suffusion theme by Sayontan Sinha
WordPress SEO fine-tune by Meta SEO Pack from Poradnik Webmastera