Que savons-nous vraiment des déportés français pour motif d’homosexualité ?

Depuis plusieurs décennies, des militants et des associations n’ont eu de cesse de faire reconnaître la réalité historique d’une persécution orchestrée à l’échelle européenne par les nazis. Pourtant, jusqu’à une date encore récente, nous ignorions jusqu’au nombre exact des victimes de nationalité française concernées par cette tragédie. Des chiffres aussi surprenants qu’improbables ont été avancés, annonçant parfois des milliers, voire des dizaines de milliers d’homosexuels français conduits dans les camps au motif de leur homosexualité.

C’est pourquoi des historiens ont décidé de se pencher sur cette aspect encore trop méconnu de l’histoire afin d’apporter des réponses aux questions que se posent d’une part les militants homosexuels qui revendiquent une reconnaissance officielle des persécutions infligées à leurs prédécesseurs, et d’autre part les autorités publiques qui sont ainsi interpelées. Ils livrent aujourd’hui dans cet ouvrage leurs premières conclusions concernant la question des chiffres*, mais aussi, et peut-être surtout, la réalité quotidienne de ces hommes qu’on destinait à porter le triangle rose dans les camps de concentration.

En amont et en aval des arrestations, ce sont en effet les parcours tragiques de plusieurs dizaines d’hommes qui sont exhumés des archives par les différents contributeurs de cette étude collective. Confrontés à l’idéologie nazie qui s’impose progressivement en France, aux évolutions récentes du contexte législatif, ou encore aux complexités administratives des territoires soumis à différents régimes d’occupation, les homosexuels français ont traversé le début des années 1940 dans un contexte exceptionnel qui n’est pas sans influence sur leur histoire et sur leur mémoire.

*Depuis les dernières recherches menées en 2001, il était acquis que 210 Français avaient été arrêtés, puis déportés par les nazis, au titre du motif 175. Les travaux menés par les historiens dans cet ouvrage, partiellement connus depuis l’organisation d’un colloque sur ce thème qui s’est tenu en octobre 2007 à Dijon (co-organisation avec l’association LGBT dijonnaise CIGaLes), démontrent que ce sont en fait 62 déportés qui ont été envoyés dans des prisons et des camps allemands en raison de leur homosexualité (réelle ou supposée). La marge d’erreur avec le chiffre précédent est le résultat d’une vérification minutieuse de l’origine géographique des noms relevés parmi les détenus du camp de concentration de Natzweiler (Bas-Rhin)

Les auteurs : Marc Boninchi, Arnaud Bouligny, Florence Tamagne, Jean Le Bitoux

Bon de commande à envoyer à VALMY, 16 rue Pierre Maillot, 42120 Caen. Prix unitaire : 20 euros (plus 5 euros de port)

Après les premiers engagements LGBT à la fin des années 70, ce samedi vient de naître officiellement la reconnaissance de la déportation pour motif d’homosexualité.

Voici le lien sur le reportage du dévoilement de la plaque au camp de Struthof sur TF1.

http://videos.tf1.fr/jt-we/hommage-aux-deportes-homosexuels-6078538.html

Une rue à Toulouse en mémoire de Pierre Seel, une plaque mémorielle à Mulhouse et au camp de Struthof… vous aussi, vous pouvez participer à ce travail de mémoire.

Rejoignez l’association Les « Oublié(e)s » de la mémoire.

Rudolf Brazda fêtera dans quelques jours ses 97 ans, c’est dire qu’il se déplace très rarement. Pourtant, à l’invitation de l’association Les Oubliés de La Mémoire et dans le cadre du Festival des Fiertés LGBT organisé par Arc-En-Ciel Toulouse,  il a tenu à venir à Toulouse pour découvrir la ville rose où vécut l’unique déporté français pour motif d’homosexualité qui a aussi témoigné, Pierre Seel.

Ce sera aussi l’occasion unique pour nous de découvrir en sa présence le livre que vient de lui consacrer Jean-Luc Schwab :   »Rudolf Brazda, itinéraire d’un triangle rose » (Editions Florent Massot).

Vous pourrez rencontrer Rudolf Brazda ce vendredi 11 mai à l’ABC, de 18h à 20h, pour un moment convivial autour d’une séance de dédicace de son livre et de l’auteur Jean Luc Schwab.

Par ailleurs, une conférence-présentation aura lieu  samedi 12 mai de 14h à 16h à la médiathèque, salle Marengo.

Celui qui a voulu témoigner « pour que les jeunes générations puissent lire ce que nous avons subi », ajoute :  Aujourd’hui, « je vais très bien, et je me fiche de ce que les autres pensent de moi ». L’homosexualité « n’est plus interdite, nous sommes des êtres libres, et je suis heureux » !

Arc-en-Ciel Toulouse souhaite bienvenue dans notre ville à Rudolf Brazda et invite tous les Toulousains et toutes les Toulousaines à venir lui témoigner leur admiration et leur amicale affection.

Jean Le Bitoux, une des figures marquantes du militantisme LGBT en France, s’est éteint des suites du  SIDA, le 21 avril dernier.

Ce journaliste né à Bordeaux fut le fondateur du journal Gai Pied en 1979, avec Gérard Vappereau, première revue gay vendue à grande échelle dans les kiosques et le circuit officiel de distribution.  Proche de Pierre Seel, avec lequel il a écrit « Moi Pierre Seel, déporté homosexuel », il créa également le Mémorial de la Déportation Homosexuelle (MDH).

Il fut aussi un des responsables du CUARH, du FHAR et du GLH, et  l’un des initiateurs de la première Lesbian & Gay Pride en France, le 4 avril 1981. Militant à Aides et à Arcat, il a co-redigé la charte de responsabilité en vigueur dans les établissements gays (saunas, bars, sex-clubs…).

Ses obsèques ont eu lieu le 30 avril dernier à Paris, en présence notamment de Bertrand Delanoë. En accord avec son entourage, le MDH fait savoir qu’il organisera un hommage public à son fondateur, en présence et avec la participation de plusieurs de ses compagnons de route du monde militant. Le MDH souhaite que plusieurs générations de ses camarades et de ses lecteurs y participent afin de lui témoigner gratitude et reconnaissance. « Ce sera l’occasion de saluer Jean Le Bitoux une dernière fois et d’entourer son ami, sa famille et ses proches de notre affection. »

Patrick Bloche, Député-maire du 11e arrondissement de Paris, accueillera cette cérémonie dans les locaux de la Maison Commune de l’arrondissement dans lequel résidait Jean Le Bitoux.  Cet hommage aura lieu le samedi 29 mai 2010 à 17h dans la Mairie du 11e arrondissement de Paris. Toutes celles et ceux qui veulent apporter leur contribution pour l’organisation de cette cérémonie peuvent contacter le MDH sur : mdhcontact@yahoo.fr


Le 15 mai 2010, à l’initiative des « Les Oublié(e)s de la Mémoire », membre d’Arc-en-Ciel Toulouse, une plaque commémorative en l’honneur de Pierre Seel et des autres Mulhousiens anonymes arrêtés et déportés pour motif d’homosexualité sera apposée en plein centre de la ville de Mulhouse, sur la façade du théâtre municipal. Arc-en-Ciel Toulouse a décidé de participer à la souscription pour le financement de cet événement majeur de la reconnaissance en France, et en Europe, de la déportation des homosexuels dans les camps nazis*.

Il faut rappeler que Toulouse fut la 1ère ville en France à honorer la mémoire de Pierre Seel et, à travers lui, celle des milliers de ses compagnons déportés pour cause d’homosexualité. Né à Mulhouse en 1923 et mort en 2005 dans la ville rose où il avait décidé de s’installer, Pierre Seel a été le seul déporté français survivant à « témoigner » dans un livre co-écrit avec Jean Le Bitoux (récemment décédé) : « Moi, Pierre Seel, déporté homosexuel » (Calman-Lévy). Témoignage poignant où Pierre Seel raconte notamment son arrestation à Mulhouse à l’âge de 17 ans , les tortures dont il fut victime pendant plus de 7 jours et 7 nuits ininterrompus et la mort atroce de Jo, son premier amour, dévoré vivant devant lui et les autres prisonniers par les chiens du camp de Schirmeck, en Alsace.

En réponse de la demande des « Les Oublié(e)s de la Mémoire » et avec l’appui de plus 1000 signataires toulousains dont AEC, en 2008, c’est à l’unanimité que le Conseil municipal de Toulouse a décidé de donner le nom de Pierre Seel à une rue du quartier du port Saint-Sauveur. Pierre Seel y vécut de nombreuses années jusqu’à sa mort, le 25 novembre 2005, quelques mois à peine après le discours du président de la République Jacques Chirac qui reconnaissait, enfin, la déportation pour cause d’homosexualité (après un 1er discours de Lionel Jospin en 2001).

Par son témoignage militant, Pierre Seel aura ainsi consacré sa vie à combattre toutes les persécutions dont sont victimes les homosexuels dans le monde entier. Tel était aussi le sens du combat dans lequel il s’engagea, révolté par les propos de l’évêque de Strasbourg qui déclara en 1982 que “Je respecte les homosexuels comme je respecte les infirmes. Mais s’ils veulent transformer leur infirmité en santé, je dois dire que je ne suis plus d’accord”. Tel est aussi le sens de la participation d’Arc-en-Ciel Toulouse à la commémoration de sa mémoire dans la ville de Mulhouse**.

Le courage de Pierre Seel nous ordonne de continuer sans relâche son combat. En France, bien sûr, où la Journée de la Déportation le 25 avril dernier a encore été l’occasion pour certaines associations de déportés de boycotter la présence des associations LGBT, ainsi à Bordeaux, Metz, Nice et Marseille***, mais aussi partout dans le monde où les discriminations et les persécutions perdurent, avec la prison ou la mort comme sentence aussi impitoyable que révoltante.

* On estime entre 90 00 et 100 000 le nombre des homosexuels arrêtés ou fichés pour infraction au paragraphe 175 dans le régime Nazi. 51 000 ont été traduits en justice ou arrêtés, 10 000 ont été envoyés dans les camps nazis, 6 000 y sont morts (Selon l’United States Holocaust Memorial Museum). De 10 à 15 000 homosexuels ont péri lors de leur captivité. En France, dans l’état actuel des recherches, 63 noms auraient été retrouvés par la Fondation pour la Mémoire de la Déportation dans des archives qui restent encore trop difficiles d’accès.

** Lors du prochain Festival des Fiertés LGBT, Ac-en-Ciel Toulouse pourrait recevoir Rudolf Brazda, dernier survivant connu de la Déportation pour cause d’homosexualité. Son témoignage vient d’être publié ce mois-ci dans un livre « Rudolf Brazda, Itinéraire d’un triangle rose – Biographie d’un déporté pour cause d’homosexualité- » de Jean-Luc Schwab (éditions Florent Massot).  Jean Luc Swhab sera présent à Toulouse pour une dédicace. Le livre sera aussi présenté dans le programme de la Marche et du Festival des Fiertés.

*** Nice, Metz et Bordeaux pratiquent toujours la ségrégation du souvenir. A Marseille, c’était cette année la 1ère participation du MDH (Mémorial de la Déportation), grâce notamment à la saisie de la Halde. Gabrielle Génovésio, présidente de l’Association des déportés, internés et résistants des Bouches-du-Rhône, n’a cependant pas apprécié  : “Je ne suis pas homophobe (sic) mais notre association comprend des déportés, internés et résistants vivants alors que les homosexuels ne sont représentés que par leurs amis. Et par nature, ces personnes ne se reproduisent pas. Ils n’ont pas de famille”. Et donc de boycooter ceux qui n’ont pas de famille ! « Ce monsieur [Christian de Leusse, délégué régional du MDH] m’indispose. Je suis la plus gênée, alors je pars”. (Source laprovence.com)

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