Communiqué de presse

2010, la France est en retard !

Si la législation française reconnaît des droits et libertés fondamentaux en France, force est de constater que l’effectivité de ces règles est contestée par la réalité et des incohérences juridiques. Si ailleurs, en Europe, et dans d’autres Etats, la législation évolue afin de reconnaître aux personnes LGBT, lesbiennes, gaies, bi, ou trans, les mêmes droits qu’aux autres citoyens, l’Etat français accuse un retard certain.

Des évolutions sociales et juridiques permettent de tempérer un constat sombre. Toutefois, les discriminations d’Etat perdurent. Des citoyennes et des citoyens, des personnes vivant sur le territoire français n’ont pas accès à certains droits civiques. Le mariage, par exemple, est un contrat de droit civil auquel certains d’entre nous n’ont pas accès. Certes des Maires et élus locaux, conscients de l’inanité de ces discriminations célèbrent, par exemple, les PACS en Mairie ou ont appelé à l’évolution législative en faveur de l’accession au mariage pour les personnes de même sexe… C’est une avancée notable, qui malheureusement ne supprime pas pour autant les discriminations. Le régime du PACS est profondément différent de celui du mariage, nous demandons une égalité d’accès aux droits. Il en est de même quant à la reconnaissance des familles.
Nous touchons ici à des personnes  qui ne réclament ni plus ni moins d’avoir accès aux mêmes droits  que tout un chacun. Il ne s’agit pas de revendiquer des droits spécifiques. Il s’agit d’être soumis au même droit. C’est pourquoi notre revendication est aujourd’hui menée certes par des personnes LGBT mais aussi par des personnes non directement concernées, de plus en plus nombreuses.

Le Festival organisé autour de la Marche a vocation à entretenir la réflexion de chacun de nous quant à ces parcours. Regroupant un ensemble de témoignages de personnes qui souhaitent unique : Être et Aimer chacunes et chacuns librement, avec les mêmes droits, rien de plus qu’une réelle égalité devant le droit.
Le Festival regroupe des diffusions de films et documentaires, des lectures, une pièce de théâtre, des activités sportives et culturelles, une conférence, des tables rondes.
Retrouvez-nous, retrouvez les associations membres ou partenaires d’Arc-en-Ciel, tout au long de ces 20 jours de Festival et notamment le 19 juin prochain lors de la Marche et sur le village associatif place du Capitole.
Alexandre PARIS
Président d’Arc-en-Ciel Toulouse

Par la voix de l’hebdomadaire « Le Petit Journal », qui publie aussi  le communiqué d’Arc-en-Ciel sur les propos stigmatisants du cardinal Bertone, l’abbé Olivier de Germay, vicaire épiscopal du diocèse de Toulouse, vient de répondre à notre président Alexandre Paris. Nous reproduisons sur notre site cette réponse qui entend se placer dans un esprit de dialogue passablement dégradé par les propos du cardinal Bertone.

« L’association Arc-en-Ciel interpelle l’Eglise catholique. J’ose y voir un appel au dialogue ; c’est en tout cas dans cet état d’esprit que je réponds. Les débats peuvent être au service d’une plus grande fraternité ; les polémiques sont souvent stériles et source de divisions.

Les propos du Cardinal Bertone ont visiblement scandalisé de nombreuses personnes, dont les membres de l’association Arc-en-Ciel. Ils sont interprétés comme des paroles provoquant « la haine de son prochain ». Par respect pour celui qui s’est exprimé, il faut essayer de comprendre le sens de ses propos et aller au-delà d’une simple phrase sortie de son contexte.

Le cardinal Bertone a fait référence à une étude, réalisée aux Etats-Unis par le John Jay College de New York, faisant apparaître que 81 % des cas de pédophilies impliquant des prêtres avaient comme victimes des garçons. On peut également supposer qu’il avait en tête les résultats d’une autre enquête statistique qui indique que dans 90 % des cas dits de pédophilie, il s’agit en réalité d’éphébophilie (relations sexuelles avec des adolescents), et que 60 % de ces cas d’éphébophilie concernent des relations homosexuelles.

Le cardinal évoque donc une réalité statistique dans un contexte précis. Il ne me semble pas juste de dire qu’il cherche à présenter « l’homosexualité comme seule cause » de la pédophilie. Il est évident que le lien statistique cité ci-dessus entre homosexualité et pédophilie ne suffit pas à établir un lien général de cause à effet entre ces deux réalités. Il s’agit là d’une question complexe faisant appel à une compétence psychologique ou médicale que ne revendique pas le cardinal Bertone.

Personnellement, je n’aurais pas exprimé les choses comme il l’a fait. Je comprends que, dans le contexte actuel, ses propos aient pu être perçus comme une mise en accusation d’une certaine catégorie de personnes. Ce que je regrette, c’est le climat dans lequel ces questions sont traitées aujourd’hui. Il me semble que notre société n’a rien à gagner de ces polémiques (qui ne visent pas uniquement l’Eglise catholique) dans lesquelles on est à l’affût de « la petite phrase » qui va faire scandale. Tout cela ne favorise pas un véritable débat sur des questions pourtant essentielles.

L’Eglise catholique pense qu’il est urgent  aujourd’hui de mener une réflexion sur un certain nombre de sujets de société, et en particulier sur la question de la sexualité humaine. Le drame de la pédophilie qui, on le sait bien, touche notre société dans son ensemble, montre bien qu’il y a là des enjeux importants. Sur ces questions, l’Eglise exprime donc des convictions. On a le droit de ne pas être d’accord avec elle, mais il est dommage que son discours soit si souvent caricaturé ou présenté comme une liste d’interdits ou de condamnations.

Je suis sensible au fait que M. Paris, dans son communiqué, fasse référence à  « l’amour du prochain » et aussi à la tolérance. Cela ne l’empêche pas – à juste titre – de condamner « les actes de pédophilie ». Il ne confond pas un jugement sur des actes et un jugement sur des personnes. Il en est de même pour l’Eglise ; lorsqu’elle participe aux débats éthiques, elle pose des jugements sur des actes ou des comportements, mais elle n’entend pas condamner des personnes. S’exprimer au grand jour dans l’espace public (non sans risque !) n’est pas de l’obscurantisme. C’est d’interdire le débat qui en serait. »

Père Olivier de Germay, vicaire épiscopal du diocèse de Toulouse.

Cette réponse appelle évidemment quelques commentaires. Si le père de Germay comprend la réaction de « certaines personnes » aux propos tenus par le numéro 2 du Vatican, et qu’il concède qu’il ne se serait pas exprimé de la même façon , il établit un distinguo entre des comportements et des personnes qui ne permet pas de savoir si l’Eglise « juge » aujourd’hui de la même manière la pédophilie et l’homosexualité, ce qui reste au coeur de la polémique, car de l’amalgame.

D’autre part,  les premières statistiques avancées ne concernent que des cas de pédophilie au sein du clergé et le terme « éphébophilie » est bien trop connoté « garçon » pour désigner aussi des relations avec des adolescentes, ce qui, finalement, contribue encore à l’amalgame déjà dénoncé par Arc en Ciel. Une fois encore, scientifiquement , et comme l’ont redit tous les spécialistes qui travaillent sur la pédophilie, y compris des spécialistes catholiques, rien ne permet d’établir un lien entre celle-ci et l’homosexualité.

Enfin, si les personnes homosexuelles ne seraient donc  pas « jugées » par l’Eglise, ou plus exactement ne le seraient plus, la condamnation qui perdure depuis des siècles  »des pratiques homosexuelles » reste inacceptable. Ce qui est donc très clairement demandé à toutes les Eglises est bien la condamnation sans aucune ambigüité de l’homophobie et de la transphobie.

L’actualité était ces dernières semaines ponctuée par l’état des difficultés rencontrées par l’Eglise catholique au regard des affaires dites de pédophilie. En effet, le cardinal Tarcisio Bertone, secrétaire d’Etat du Vatican, voulant exclure que l’explication puisse être le célibat des prêtres, y substitue l’homosexualité comme seule cause.

En visite au Chili, le cardinal Bertone, a déclaré lundi 12 avril : « De nombreux psychiatres et psychologues ont démontré qu’il n’existe pas de relation entre le célibat et la pédophilie, mais beaucoup d’autres, et on me l’a dit récemment, ont démontré qu’il existait un lien entre l’homosexualité et la pédophilie. C’est la vérité, c’est le problème. [...] Cette pathologie touche toutes les catégories de gens, et les prêtres à un moindre degré si l’on regarde les pourcentages. »
Il est bien évident que le célibat des prêtres ne saurait être regardé comme une raison explicative de la pédophilie. Par ailleurs, la pédophilie ne saurait être une conséquence ou une dérive de l’homosexualité des personnes concernées.
Arc-en-Ciel Toulouse condamne les actes de pédophilie. Par ailleurs, Arc-en-Ciel Toulouse n’accepte pas l’amalgame dangereux et sournois qui est volontairement commis par le Vatican. C’est une attitude obscurantiste provoquant la haine de son prochain. Cette attitude est d’autant plus condamnable qu’elle invoque une vérité non vérifiée.

Au-delà, le Vatican, loin de prendre la mesure des actes commis, dénie la peine des victimes et de leurs proches en plaçant le débat sur un terrain politique visant à condamner indirectement l’esprit de tolérance en Europe qui donne accès au mariage civil pour les couples de même sexe.
Les 17 et 18 mai prochains, à l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre l’homophobie, et la transphobie qui aura pour thème « Religions, homophobie, transphobie », Arc-en-Ciel Toulouse invite les athées, agnostiques et croyants, catholiques ou non, associations des droits de l’homme, syndicats et partis politiques, à faire connaître leur indignation suite à ces propos qui font écho à l’opposition de l’Eglise catholique à toutes les avancées des droits des homosexuel-les et des personnes transgenres. Nous organiserons à ce sujet le 18 mai prochain une journée sur le thème : « Orientation sexuelle, éducation, jeunesse : vers un meilleur respect par et pour toutes et tous. »

Arc-en-Ciel Toulouse interpelle Mgr Le Gall, archevêque de Toulouse, pour lui demander vigoureusement de transmettre au Vatican notre colère suite à ces propos afin d’obtenir le retrait de ces allégations mensongères par l’intéressé et des excuses au plus haut sommet de l’Église catholique pour avoir établi un amalgame indigne et avoir exposé délibérément les personnes homosexuelles à la haine. Par ailleurs, nous invitons toutes nos adhérentes et tous nos adhérents, tou(te)s nos ami(e)s et sympathisant(e)s, à s’associer à cette condamnation en écrivant une lettre de protestation auprès de Mgr Le Gall, archevêque de Toulouse.

Arc-en-Ciel Toulouse attend la réaction de l’Eglise catholique et l’invite à développer un discours de tolérance et d’amour de son prochain.

Alexandre PARIS
Président d’Arc-en-Ciel Toulouse

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