Tribune Libre : « C’est la rentrée, parlons sexualité », par Anne, bénévole AEC

Publiée le 28 septembre 2015 | Par Michel Megnin | Commissions, Éducation, Tribune libre

C’est la rentrée, parlons sexualité !

Voilà maintenant deux ans que je suis bénévole à la Commission Éducation d’Arc-en-Ciel Toulouse. Outre le fait que j’y ai rencontré des personnes formidables, il me semble que la commission a une réelle responsabilité dans l’éducation à la tolérance et au respect des autres. Nous intervenons principalement dans les collèges et lycées dans le cadre de séances d’éducation à la sexualité prévues par la loi. Certaines équipes éducatives nous sollicitent également lorsqu’elles sont face à des situations sans être forcément formées pour les gérer convenablement : un couple de filles s’affirme dans le collège et alimente les rumeurs, un jeune victime de harcèlement à cause de son orientation sexuelle ou encore un prof qui est devenue une prof après l’été… Nous avons vocation à sensibiliser les jeunes aux LGBT-phobies en favorisant l’émergence d’une parole, dans le respect de chacun_e1. De telles actions dans les établissements scolaires me semblent indispensables pour notre combat politique pour l’égalité.

Éduquer c’est militer

Je l’avoue, lorsque je présente les IMS, j’indique parfois que nous n’avons pas une posture de militant_es. Cette formule facilite souvent le dialogue avec les jeunes et les équipes éducatives. Par les temps qui courent, il n’est pas toujours facile de pénétrer l’enceinte de l’école, la faute à certains mouvements pratiquant la désinformation à outrance. Non, les IMS n’ont pas vocation à apprendre aux élèves à se masturber. Ils_elles n’ont pas besoin de nous pour ça, croyez-moi !

Oui, nous avons une posture militante, nous agissons pour une sexualité responsable, respectueuse de soi et des autres. Nos interventions se veulent être inclusives : nous parlons de sexualité en évoquant toutes les orientations et identités sexuelles. Pour nos actions, nous avons la chance d’avoir la loi française à nos côtés. L’éducation à la sexualité, telle que présentée aujourd’hui par le Ministère de l’éducation, s’inscrit dans une politique nationale de lutte contre les comportements homophobes, sexistes et contre les violences sexuelles. Cependant, ces textes sont soumis à l’application des équipes éducatives, qui voient leurs moyens de plus en plus menacés pour mener à bien ces projets, ou qui flanchent parfois face à quelques parents d’élèves réactionnaires.

L’éducation à la sexualité est un droit

Refuser de faire intervenir des associations comme AEC pour des séances d’éducation à la sexualité c’est aller à l’encontre du droit des jeunes à une éducation sexuelle. C’est leur interdire un espace de parole qu’ils_elles ne peuvent pas toujours retrouver au sein de leur famille ou groupe d’ami_es. Je reste convaincue que l’école est un espace privilégié pour donner à tous_tes les jeunes les outils nécessaires pour leur développement personnel, sexuel et affectif.

Si l’école ne s’en saisit pas, la pornographie s’en chargera

Je continuerai à m’engager dans la commission éducation d’AEC car je ne souhaite pas que l’éducation sexuelle passe exclusivement par la pornographie en ligne. Que l’on soit pour ou contre la pornographie, là n’est pas la question. Le problème est que les jeunes ont un libre accès à ces images mais aucune clé pour les décrypter. On les matraque quotidiennement de messages visuels à caractère sexuel (sur internet, dans les publicités, les émissions de télé-réalité etc) mais quand il s’agit de parler concrètement de sexualité, le tabou persiste.

Parlons sexe mais parlons-en vraiment

Il est regrettable que les jeunes se retrouvent face à des murs lorsqu’ils_elles veulent savoir « si la première fois ça fait mal », « si hétéro et homo font l’amour de la même manière », « si c’est grave de se masturber », « s’il faut se protéger pour une fellation », « si c’est normal de ne pas mouiller/bander même quand on est excité_e », et j’en passe. Lors des interventions, je me rends compte que ce sont justement ces sujets là qui les intéressent le plus : lorsqu’on parle de cul mais qu’on en parle vraiment, en répondant de manière claire et responsable à leurs interrogations.

Sexualité et politique

En questionnant les jeunes sur l’homosexualité, d’autres interrogations émergent sur l’identité sexuelle, la transidentité, l’égalité femmes-hommes, le sexisme, la place des minorités dans la société etc. En plus de les éduquer à la tolérance, on les éveille au politique. Pourquoi légaliser le mariage et l’adoption pour les couples homosexuels ? Comment expliquer les réticences à légaliser la GPA en France ? Religion et homosexualité sont-elles compatibles ? Pourquoi entend-on plus souvent parler des gays que des lesbiennes ? Faut-il autoriser un changement d’état civil libre et gratuit pour les trans* ?

Voilà des débats de société que nos interventions permettent d’amener en classe et qui sont souvent très vifs, traduisant ainsi un intérêt des jeunes pour ces questions.

Continuons à agir pour une éducation à la sexualité inclusive et de qualité !

Anne.

Merci à Edwige et Florian pour la relecture.

1J’emploie le tiret bas pour montrer qu’il existe plus de deux identités de genre. Le tiret bas crée un espace pour les définitions individuelles, pour les identités qui ne se limitent pas au masculin et au féminin.

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